Rissoles aux Légumes

Cérémonies laïques ou païennes, celtiques ou druidiques, rituel des rubans ou handfasting… Et si on essayait d’y voir plus clair ?


Les cérémonies laïques sont très présentes dans l’univers du mariage depuis 2005 environ. Au début, certains les qualifiaient de « cérémonies à l’américaine », ce qui n’est pas adapté. En effet, la plupart de celles célébrées aux USA sont en réalité des cérémonies civiles ou religieuses. Là-bas, comme en Belgique ou au Canada (entre autres), il est possible d’obtenir une délégation pour marier un proche. Certains religieux peuvent également officier en plein air, ce qui n’est pas le cas chez nous. En France la loi est très stricte :

  • Le mariage civil ne peut être prononcé que par le maire ou un de ses adjoints dans l’enceinte même de la mairie ou éventuellement dans un autre bâtiment communal (ceci seulement depuis 2017).
  • Le mariage religieux ne peut être prononcé que par un prêtre, dans une église ou une chapelle consacrée rattachée à une paroisse identifiée.

En France, une cérémonie célébrée en extérieur par quelqu’un qui n’est pas un représentant civil ni religieux est donc bien une cérémonie laïque.
Mais le terme « laïque » est-il toujours vraiment adapté ? On peut s’interroger et c’est là que le propos devient vraiment intéressant...

Cérémonie vraiment laïque ou plutôt païenne ?

Certains couples confient la célébration laïque à leurs proches : évocation des souvenirs d’enfance ou des bêtises de l’adolescence, poème dit d’une voix hésitante, chanson reprise en cœur avec enthousiasme, émotion, rigolade, jeux, improvisation quasi totale ou mise en scène plus soignée… Les résultats sont aussi divers que les gens le sont.

Mais parfois les couples sont un peu inquiets ou alors ils manquent de bonnes volontés dans leur entourage. Dans ce cas ils peuvent confier la célébration à un célébrant professionnel qui assurera la présentation et les transitions, coordonnant les idées de chacun pour assurer la cohérence de l’ensemble.

Et puis il y a des couples qui ne ressentent pas la même chose. L’un a des convictions religieuses ou craint de décevoir sa famille qui en aurait. L’autre n’est pas forcément très d’accord pour s’adapter. Souvent ils se rejoignent quand même sur un point : la crainte que leurs proches ne voient pas leur union civile comme un « vrai mariage » mais comme une simple officialisation, et qu’y ajouter une sympathique cérémonie laïque n’y change pas grand-chose. Chez ces personnes on ressent aussi parfois la crainte de ne pas se sentir eux-mêmes mariés sans la solennité, le mystère et les rituels d’une cérémonie religieuse. Comme si cette « énergie » mystérieuse qu’ils ressentent en eux allait à manquer pour nourrir leur engagement. Ce sentiment est parfois très clairement assumé et nommé, ou bien il est encore tacite mais ne demande qu’à s’exprimer.

Alors toute la variété des terminologies apparaît, dont certaines sont assez amusantes : « Bonjour, nous voudrions une cérémonie naturelle, une cérémonie botanique, une cérémonie des 4 éléments, une cérémonie païenne, une cérémonie de handfasting, un rituel des rubans, une cérémonie spirituelle, un rituel des mains liées, une cérémonie wiccane, un rituel des sables colorés, une cérémonie celtique ou celte, une bénédiction druidique, un rituel de la pomme, une union chamanique, une bénédiction dans l’ancienne tradition, un Pagan Wedding, une célébration dans la forêt, etc. »
Ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver et de comprendre ce qui relève pour eux de la simple forme ou bien du fond.

Mais ce qui qui réunit toutes ces personnes ce sont 4 notions centrales qui reviennent quasi systématiquement :

Les officiants laïques s’adaptent en allant plus ou moins loin pour basculer parfois du laïque au païen… Et au milieu de tous ces rituels, le handfasting a désormais une place de choix. Il est évoqué par beaucoup de blogs de wedding-planners ou de sites de célébrants, avec un argumentaire plus souvent orienté sur la forme que sur le fond.

Les origines du handfasting

Présent dans certaines séries télévisées ou films, le handfasting est souvent relié à l’univers celtique ou au druidisme. On lui prête des significations diverses qui n’ont souvent rien à voir avec ses origines réelles.

Le geste de lier les mains vient des îles britanniques, essentiellement d’Ecosse, où il y avait valeur de mariage. Depuis quand ? Impossible à dire. Quoiqu’il en soit, jusqu’en 1753, quand il a été décidé que le mariage ne pouvait être prononcé que par un représentant du clergé. Valeur de mariage ? Plutôt de fiançailles en réalité, car le handfasting est un accord qui est à priori forcément révocable. C’est même un accord qui n’a pas toujours été lié au mariage et pouvait sceller une poignée de mains en d’autres circonstances (accord de vente d'un bien par exemple). Le fait de faire un nœud (to « Tie the knot ») est devenu une expression familière dans les pays anglo-saxons pour évoquer le fait de se marier.

Le handfasting est-il un geste religieux ?

La réponse n’est pas clairement oui ou non.
On ne sait pas si ce geste était pratiqué par les celtes anciens dans le cadre de la religion celtique polythéiste. On sait par contre qu’il était souvent utilisé dans les campagnes isolées ou les îles (Hébrides en particulier) pour sceller un engagement, ceci avant que le couple ne puisse se rendre à l’église ou qu’un représentant légal passe dans le village. Dans ce cas le handfasting n’est donc clairement pas un rituel alternatif à la chrétienté mais plutôt un usage populaire pratique, un préalable au mariage chrétien.

Le handfasting a perduré en Ecosse de façon massive jusqu’aux années 40, au titre de simple tradition. A partir des années 50, le geste est repris par la religion wiccane (que certains considèrent plutôt comme une philosophie) et qui comporte une dimension rituelle très importante (célébrations des sabbats basés sur les anciennes fêtes celtiques pour certaines liées aux solstices et aux équinoxes). La Wicca a des liens plus ou moins diffus avec le chamanisme, le paganisme, le druidisme, la magie, la sorcellerie, les mythologies antiques, slaves, nordiques et évidemment celtiques.(cf.1 bas de page)

Quels sont les liens entre handfasting et druidisme ?

Si beaucoup associent ces deux termes car ils évoquent une imagerie commune, il n’y a pas de liens anciens avérés. Rien ne prouve que les Druides anciens célébraient des mariages, leurs préoccupations étaient probablement ailleurs, car selon leur classe, ils étaient savants, devins ou musiciens et il est probable que la mère de famille ou le chef de clan étaient en charge de la vie plus quotidienne, dont les mariages font partie.

Quant aux Druides modernes (groupes issus du néodruidisme, à partir du 17ème s.) leurs approches sont multi-facettes, entre religion pour certains et tradition spirituelle pour d’autres. Certains bénissent les unions et pratiquent le handfasting, d’autres le voient comme un geste contradictoire : « la bénédiction ne peut faire appel à aucun moment aux divers symboles de lien et d’union […] tels que les alliances, anneaux, rubans noués, échanges de vœux ou de présents (qui renvoient à la dot accompagnant la future épouse dans le cadre d’un mariage). Cela reviendrait en effet à entériner la possession des êtres […]. » (cf.2 bas de page) Cette position oppose ainsi clairement ces derniers aux religions monothéistes, en particulier judéo-chrétiennes.

Y-a t’il une différence entre un rituel des rubans et un handfasting celtique ?

Il n’y a encore une fois pas une seule vérité, alors à ce stade je ne peux que donner mon avis :
Je pense que si le handfasting veut s’inscrire dans la tradition ou la spiritualité celtique, il est forcément révocable, il serait donc étrange d’y associer des formules comme « Jusqu’à ce que la mort vous sépare » ou « Je jure… ». L’idée est que chacun puisse remettre en question sont engagement si les circonstances l’exigent (perte d’amour ou de confiance par exemple). Ce questionnement en soi, le fait que les conjoints ne soient pas liés mais reliés sans se sentir emprisonnés, est selon moi - et peut-être paradoxalement pour certains - un gage de durabilité pour le couple.

Don, Dans cet esprit celtique, la façon dont je lierai les mains des futurs mariés serait celle présentée dans le joli dessin ci-dessus, celui qui illustre cet article (merci Arkelwan et notez bien que la présence du chat facétieux n’est pas indispensable au rituel !).

Mais après tout, nul n’est forcé de relier ce geste à l’univers celtique ! Dans ce cas on parlera plutôt de cérémonie des rubans ou de rituel des mains liées et il y a mille façon de le faire : deux mains, quatre mains, avec des cordes, des rubans aux couleurs symboliques, ou en associant les liens associés à des personnes et puis il existe toutes sortes de nœuds savants, tout aussi jolis que signifiants…

Une cérémonie païenne (pagan) est-elle une cérémonie non religieuse ?

Et bien, pour finir en beauté je dirais : pas forcément ! Un païen n’est pas forcément un athée (quelqu’un qui ne croit en aucun Dieu). Aux yeux des 3 grandes religions monothéistes (christianisme, judaïsme et Islam) un païen est seulement quelqu’un qui ne croit pas en leur propre Dieu.

Aux yeux des païens eux-mêmes le paganisme peut être ou ne pas être une religion d'ailleurs. Certains vénèrent des divinités (religion druidique) ou pratiquent la magie (Wicca). D’autres s’intéressent simplement aux énergies naturelles (lune, éléments Eau, Air…) et aux énergies personnelles.

Les cérémonies de l’ENLUMINEUR sont-elles des cérémonies spirituelles, païennes ou celtiques ?

Cela dépend de chaque couple car j’adapte les choses à chacune des personnes qui me contacte et pour se marier, renouveler leurs vœux ou faire baptiser leurs enfants. Evidemment je tiens beaucoup à mes racines celtiques, elles ne sont jamais très loin et je leur accorde plus ou moins de place selon le contexte.

Je qualifierais mes cérémonies de païennes car la dimension rituelle y est toujours bien présente. Mais je ne me revendique pas de religion païenne et n’invoquerai jamais de divinité précise. Il est tout à fait possible d’intégrer des éléments religieux via les interventions éventuelles des proches, à partir du moment où cela est proposé dans un esprit de tolérance et de respect. (cf. également, note 3, en bas de page)

Conclusion

Cela faisait longtemps que j’avais envie de publier un article sur ce thème et j’espère qu’il vous aura intéressés, à défaut de vous apporter des certitudes.

J’espère aussi qu’il intéressera toutes les personnes qui me contactent régulièrement en demandant : « un vrai mariage celtique », « un vrai mariage druidique » ou « est-ce que c’est un vrai mariage... ? »Ces questions me font sourire… Le vrai mariage/la vraie cérémonie/le vrai engagement ce sera toujours le moment dans lequel les mariés eux-mêmes se sentiront pleinement investis et présents. C’est ce que leurs invités ressentiront, que ce soit à la mairie, dans une forêt ou ailleurs.
Ce qui me donne envie de conclure par cette belle formule : Tout Est Un
Signé : L’Enlumineur

Pour aller plus loin :
« Les druides » de Christian J. Guyonvarc’h et Françoise Le roux - 1986
« The Pagan book of Living and Dying » de Starhawk - 1997
« Handfasting and wedding rituals » de Raven Kaldera& Tannin Schartzstein – 2018
« A la recherche de nouveaux rites » de Michèle Fellous - 2011
Pour en savoir plus sur le handfasting dans son contexte historique (et non wiccan), parcourir des ouvrages ou des articles sur l’histoire de l’Ecosse et des Hébrides, et parler avec des écossais !
Pour en savoir plus sur le druidisme, consulter les sites Internet de la Gorsedd de Bretagne, de l’Ordre druidique du Chêne et du Sanglier, de l’Odre du Dahut...

1. Je fais parfois des cérémonies pour des couples de confession wiccane affirmée qui souhaitent être surs que la cérémonie restera accessible pour leurs proches.
2. Source : site Internet Bretagne-secrete
3. J’ai rencontré un jour un couple qui était ensemble depuis 10 ans. Chrétiens pratiquants, ils cherchaient depuis des années un prêtre qui accepte enfin de les bénir. Ils ont fait finalement appel à moi et nous avons introduit une prière à Marie pendant la cérémonie, un souvenir très fort…